Vous avez sans doute déjà avalé une pastille d’électrolytes au feeling, par habitude ou parce qu’un copain de club jurait que ça « réglait tout ». Le problème, c’est que prendre des électrolytes sans savoir combien ni pourquoi revient à doser une recette les yeux fermés. Ce guide vous donne une fourchette chiffrée de sodium, potassium et magnésium par heure d’effort, et surtout une méthode pour la caler sur votre sueur à vous, pas sur celle d’un autre.
Pourquoi une crampe n’est pas (toujours) un manque de sel : ce que dit vraiment la science
La crampe musculaire associée à l’effort reste l’un des sujets les plus mal compris du coureur. Pendant des décennies, le récit dominant était simple : vous transpirez, vous perdez du sel, le muscle se contracte. Logique en apparence, mais incomplet.
Les travaux des vingt dernières années pointent une autre piste sérieuse : la théorie neuromusculaire. Selon elle, la crampe naît d’un déséquilibre entre les signaux qui excitent le muscle et ceux qui le freinent, déséquilibre amplifié par la fatigue. Un muscle épuisé, sollicité au-delà de ce qu’il a l’habitude d’encaisser, finit par se verrouiller. Ce mécanisme explique pourquoi les crampes touchent souvent les coureurs qui partent trop vite ou qui s’aventurent sur une distance plus longue que d’habitude, même bien hydratés.
Faut-il pour autant jeter les électrolytes ? Non. Plusieurs études montrent un lien réel entre une perte importante de sodium et un risque accru de crampes chez certains profils, en particulier les gros transpireurs et ceux qui transpirent salé. La vérité opérationnelle se situe entre les deux : les électrolytes ne sont pas la cause unique, mais ils restent un levier que vous contrôlez. Couvrir ce front intelligemment limite le risque sans vous faire croire que vous avez tout réglé.
Si le sujet vous intéresse en profondeur, le débat entre « manque de sel » et « jambes cramées » est détaillé dans notre article sur les crampes en ultra. Pour ce guide, on retient une chose : doser ses électrolytes est une assurance, pas une garantie.
Les 3 électrolytes qui comptent vraiment et leur rôle réel : sodium, potassium, magnésium
On parle souvent d’électrolytes en bloc, comme s’ils étaient interchangeables. Ils ne le sont pas. Trois minéraux concentrent l’essentiel de l’enjeu en course.
Le sodium. C’est le chef de file, et de loin. Vous le perdez en grande quantité par la sueur : entre 0,5 et 2 grammes de sel par litre selon les individus, parfois davantage. Le sodium pilote la rétention de l’eau dans votre organisme et la transmission de l’influx nerveux vers le muscle. C’est lui que vous devez surveiller en priorité, parce que c’est lui que vous perdez le plus et le plus vite.
Le potassium. Il travaille en tandem avec le sodium pour faire passer les signaux d’un côté à l’autre de la membrane musculaire. Les pertes par la sueur sont nettement plus faibles que pour le sodium, de l’ordre de 100 à 250 mg par litre. Utile, mais rarement le facteur limitant sur une course classique.
Le magnésium. Impliqué dans la relaxation musculaire et dans plus de trois cents réactions enzymatiques, il jouit d’une réputation d’anti-crampe qui dépasse un peu ce que les données permettent d’affirmer. Vos pertes sudorales en magnésium sont minimes en course. Un apport modéré a du sens sur les efforts très longs ou en récupération, mais inutile de le surdoser pendant un 10 km.
À retenir : sur un effort, votre budget d’attention va d’abord au sodium, ensuite au potassium, et le magnésium reste un acteur de second plan que vous gérez plutôt à table et au repos qu’en pleine course. Les définitions de ces termes sont reprises dans notre lexique si vous voulez vérifier un mot au passage.
Combien de sodium par heure selon la durée et la chaleur : la fourchette 300-1000 mg/h expliquée

Voici le cœur pratique du guide. La fourchette de référence pour le sodium en course se situe entre 300 et 1000 mg par heure. C’est large, et c’est normal : votre besoin dépend de trois variables que vous pouvez estimer.
La durée de l’effort. En dessous de 60 à 90 minutes, vos réserves suffisent et un apport modeste, voire nul, ne pose pas de problème. C’est au-delà que le compteur tourne et que le déficit s’installe.
La chaleur. Plus il fait chaud, plus vous transpirez, plus vous perdez de sodium. Un même coureur peut passer du simple au double entre une sortie matinale fraîche et un trail à 30 °C.
Votre profil de transpiration. Deux coureurs côte à côte ne perdent pas la même quantité de sel. Si vous retrouvez des traces blanches sur votre casquette ou vos tempes après l’effort, vous êtes probablement un « salty sweater » et vous visez le haut de la fourchette.
Voici des repères pour vous situer :
| Contexte | Apport sodium visé |
|---|---|
| Effort < 1 h, temps frais | 0 à 300 mg/h |
| 1 à 3 h, conditions tempérées | 300 à 500 mg/h |
| Effort long, chaleur modérée | 500 à 700 mg/h |
| Ultra, forte chaleur ou gros transpireur | 700 à 1000 mg/h |
Un cadre de référence souvent cité par les nutritionnistes du sport tourne autour de 500 à 700 mg de sodium par heure pour un effort d’endurance prolongé en conditions normales, à ajuster vers le haut dès que la chaleur grimpe ou que vous transpirez salé.
Attention au piège inverse : le sodium ne fonctionne qu’avec une hydratation cohérente. Saturer en sel sans boire assez ne sert à rien, et boire beaucoup d’eau pure sans sodium vous expose au risque opposé, l’hyponatrémie, ce moment où votre sang se dilue dangereusement. On en parle en détail dans « Bois beaucoup avant d’avoir soif » : pourquoi ce conseil peut vous mettre à terre. L’équilibre eau-sodium est un duo, jamais une variable isolée.
Pastilles, capsules ou boisson : quelle forme pour quel besoin de dosage
Vous savez quelle quantité viser. Reste à choisir le vecteur, car il change votre confort digestif et votre précision de dosage.
La boisson électrolytique. C’est la forme la plus naturelle : vous buvez et vous apportez eau et sodium en même temps. Le dosage typique varie de 300 à 700 mg de sodium par litre selon les produits. Avantage : vous couvrez l’hydratation et les électrolytes d’un seul geste. Limite : si vous devez monter haut en sodium par forte chaleur, vous risquez de boire un volume trop important juste pour atteindre votre quota.
Les pastilles effervescentes. Vous en glissez une dans votre flasque et vous obtenez une concentration connue, généralement de 250 à 500 mg de sodium par pastille. Pratique pour ajuster : une pastille pour un dosage léger, deux pour une grosse chaleur. C’est le compromis le plus souple pour la majorité des coureurs.
Les capsules de sel. Elles découplent totalement le sodium de l’eau. Vous avalez une capsule (souvent 200 à 350 mg de sodium) avec une gorgée d’eau, ce qui vous permet d’ajuster sodium et volume indépendamment. C’est l’outil des ultra-traileurs et des gros transpireurs qui ont besoin de beaucoup de sodium sans noyer leur estomac. En contrepartie, il faut penser à les prendre, là où la boisson agit en continu.
Règle simple : sur des distances courtes à moyennes, une boisson ou des pastilles couvrent l’essentiel sans réfléchir. Sur le long et le très chaud, les capsules vous donnent la précision dont vous avez besoin. Beaucoup de traileurs combinent : boisson légère pour le fond, capsules en renfort dans les sections les plus chaudes. Si vous voulez comparer des formats prêts à l’emploi, jetez un œil aux boissons électrolytes de la boutique.
Une remarque sur le goût et la digestion : un produit trop concentré peut écœurer ou peser sur l’estomac. Mieux vaut un dosage un peu plus dilué que vous buvez régulièrement qu’une bombe saline que vous repoussez après deux gorgées. Le meilleur dosage théorique ne vaut rien si vous ne l’ingérez pas.
Calibrer SON dosage : test de sueur maison et ajustement sortie longue par sortie longue

Toutes les fourchettes du monde ne remplacent pas une donnée : votre perte réelle. Bonne nouvelle, vous pouvez l’estimer sans laboratoire.
Le test de pesée maison. Pesez-vous nu juste avant une sortie longue d’une heure, sans boire pendant l’effort (ou en notant précisément ce que vous buvez). Repesez-vous nu à l’arrivée. La différence de poids, corrigée de ce que vous avez bu, correspond à votre perte de sueur sur l’heure. Un coureur qui perd 1 litre de sueur par heure et qui transpire à 1 g de sel par litre perd donc environ 400 mg de sodium par heure, soit le bas de la fourchette. Le même test par 30 °C donnera un chiffre bien plus élevé.
Repérer si vous transpirez salé. Les traces blanches sur la peau ou les vêtements, le goût franchement salé de la sueur qui coule sur les lèvres, les picotements aux yeux : ce sont les signaux du gros perdeur de sel. Si vous cochez ces cases, ajoutez d’office 200 à 300 mg par heure à votre estimation de base. Le sujet est creusé dans notre article sur la forte sudation et la perte de sel.
Ajuster sortie après sortie. Voici la méthode qui vous évite de tâtonner indéfiniment :
- Partez du milieu de la fourchette pour votre contexte (par exemple 500 mg/h pour un effort long tempéré).
- Testez ce dosage sur une sortie longue représentative de votre course cible.
- Notez vos sensations : soif persistante malgré une bonne hydratation, début de crampe, fin de sortie molle ou au contraire stable et lucide.
- Ajustez de 100 à 200 mg pour la sortie suivante, dans un seul sens à la fois.
- Répétez jusqu’à trouver le dosage où vous finissez vos sorties longues sans crampe ni écœurement.
Cette boucle d’essai-ajustement est ce qui sépare un coureur qui « prend des électrolytes » d’un coureur qui sait exactement ce que son corps demande. Elle prend trois ou quatre sorties longues, pas plus, et elle se rentabilise sur toutes vos courses à venir.
La règle d’or : ne jamais découvrir son dosage le jour J
Un dernier garde-fou qui vaut tous les chiffres : ce que vous prévoyez d’utiliser en course doit avoir été répété à l’entraînement. Un dosage parfait sur le papier mais jamais testé peut vous trahir sur la digestion, le goût ou la tolérance. Vos sorties longues sont votre banc d’essai. Le jour de la course, vous ne faites qu’exécuter un plan déjà validé.
Ce que vous repartez avec
Le sodium est votre priorité, dans une fourchette de 300 à 1000 mg par heure selon la durée, la chaleur et votre profil de transpiration. Le potassium accompagne, le magnésium reste secondaire en pleine course. Choisissez le vecteur qui colle à votre effort : boisson ou pastilles pour le court et le moyen, capsules pour le long et le très chaud. Et surtout, ne pariez pas sur une fourchette générique : faites votre test de pesée, repérez si vous transpirez salé, puis ajustez sortie après sortie jusqu’à trouver votre dosage. Vous limiterez le risque de crampes non pas par chance, mais parce que vous aurez calé votre apport sur votre sueur à vous. Votre prochaine sortie longue est le moment idéal pour lancer la première mesure.